Un film tourné dans la région Grand Est

Les principaux lieux de tournage en Grand Est sont la voie verte trans-Ardenne, Charleville-Mézières (Hôtel de ville, Maison de l’Ardenne, collège Arthur Rimbaud, UDAF), Revin, Sedan, et Reims (Palais de justice, maison d’arrêt). Ce long métrage d’Emmanuelle Nicot, sélectionné à la Semaine de la critique 2022 a valu à la jeune comédienne Zelda Samson le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation.

Le film « Dalva » : le synopsis

Dalva a 12 ans mais s'habille, se maquille et se vit comme une femme. Un soir, elle est brusquement retirée du domicile paternel. D'abord révoltée et dans l'incompréhension totale, elle va faire la connaissance de Jayden, un éducateur, et de Samia, une adolescente au fort caractère. Une nouvelle vie semble alors s’offrir à Dalva, celle d’une jeune fille de son âge.

Une histoire familiale difficile

Savez-vous que 10 % des familles seraient concernées par les abus sexuels à des degrés divers : un oncle, un frère, un père, un cousin voire même la mère… ? Dans cette création forte en nuances et émotion, premier long-métrage d’Emmanuelle Nicot, on apprend très vite ce qui s’est passé entre Dalva et son père. Mais rien n’est montré. Tout est suggéré avec talent et pudeur. Cette histoire d’emprise toxique est tout d’abord celle de la reconstruction mentale de Dalva, dont les valeurs morales ont été fortement perturbées. Avec intelligence, justesse et profondeur, le film fait progresser peu à peu le récit sans jamais dissimuler la vérité. Mais ne vous y trompez pas : étonnement, l’humour fait aussi partie de cette création.

« Dalva est dans un déni très puissant qui la protège de toute lucidité face à la situation qu’elle vit. Par ailleurs, son père l’a mise à la place de sa femme qui l’a quitté et l’a façonnée à l’image de cette dernière. Dalva a intégré l’idée que c’est à cette place et avec cette apparence, habillée, maquillée et coiffée ainsi que son père l’aime. Pour entretenir cet amour qui représente un besoin vital (puisqu’elle ne reçoit d’amour de personne d’autre), elle n’a jamais remis en question sa place, ni son apparence », précise Emmanuelle Nicot.

Emmanuelle Nicot affirme également au sujet du personnage de l’éducateur : « c’est un homme doué d’une grande empathie, peu cérébral, à la fois très professionnel et en même temps sanguin qui doit toujours se contenir pour ne pas exploser. J’admire beaucoup le travail des éducateurs en foyer qui font face à une problématique extrêmement complexe. Les enfants placés sont retirés de leur famille non pas parce qu’ils ne sont « pas » aimés, mais parce qu’ils le sont « mal ». Lorsqu’ils commencent à se détacher de leurs parents, un besoin vital d’amour et de tendresse se met à les envahir. Et ce besoin ne peut pas être comblé par des éducateurs toujours contraints de garder une distance avec eux. »

« Dalva », un grand film féministe

La réalisatrice Emmanuelle Nicot met bien-sûr ici en lumière les violences subies par les petites filles, au croisement de la pédophilie et du patriarcat. Avant « Dalva », Emmanuelle Nicot avait réalisé deux courts métrages : en 2016 « A l’arraché » (sélectionné dans plus de soixante festivals) en immersion dans un centre d’accueil d’urgence pour adolescents et en 2012 « Rae » à sa sortie de l’IAD en Belgique, qui retrace le combat d’une mère divorcée contre le patronat. La caméra à la manière des frères Dardenne se rapproche des corps, tandis que l'interprétation des comédiens se fait réaliste.

« Pour ma part, je suis sûre que Dalva est totalement sous l’emprise de son père. Avant son placement, on comprend qu’elle vit seule avec lui depuis des années, sans présence maternelle, qu’elle est déscolarisée, qu’elle n’a aucun référent extérieur et que son père en a fait sa femme. Pour parvenir à supporter l’insupportable, Dalva s’est réfugiée dans un déni extrêmement puissant. Elle se raconte qu’elle et son père vivent une histoire d’amour que personne ne peut comprendre. C’est ce déni qui lui fait assumer cette situation d’inceste et c’est ça qu’on va découvrir au fur et à mesure du film », explique encore la réalisatrice Emmanuelle Nicot. « Dalva est dans un déni très puissant qui la protège de toute lucidité face à la situation qu’elle vit. Par ailleurs, son père l’a mise à la place de sa femme qui l’a quitté et l’a façonnée à l’image de cette dernière. Dalva a intégré l’idée que c’est à cette place et avec cette apparence, habillée, maquillée et coiffée ainsi que son père l’aime. Pour entretenir cet amour qui représente un besoin vital (puisqu’elle ne reçoit d’amour de personne d’autre), elle n’a jamais remis en question sa place, ni son apparence », ajoute-t-elle.

Zelda Samson a été trouvée dans un casting sauvage

En plus de la réalisation, Emmanuelle Nicot est également directrice de casting. Spécialisée en « casting sauvage », c’est une passion que l’on ressent dans ses propres créations. « J’ai lancé un casting sauvage très important (…). J’ai partagé ce travail avec Stéphanie Doncker. Elle s’occupait de la France, moi de la Belgique. On cherchait une fille de classe moyenne, voire aisée, qui possède une certaine maîtrise du langage. Je voulais aussi une fille qui ait une tenue, un joli port de tête, une grâce de danseuse. J’ai déposé des annonces dans des écoles de danse, de musique, des centres équestres, Stéphanie aussi. On a eu plein de candidatures, j’ai reçu des centaines de vidéos. Et parmi cette masse, Zelda m’a tout de suite happée. Elle avait 11 ans, elle était là à se filmer dans sa chambre, elle s’exprimait avec un vocabulaire tellement riche et soutenu pour son âge. Elle m’expliquait qu’elle voulait devenir astrophysicienne, travailler sur la matière noire, elle s’imaginait prix Nobel ! Elle avait aussi un discours féministe par rapport aux garçons de sa classe. Elle avait vraiment une maturité impressionnante. Et puis une assurance, une force, quelque chose d’effronté et surtout un visage très photogénique. C’était impossible de lui donner un âge », détaille aussi la réalisatrice.

Et vous, qu’avez-vous pensé du film « Dalva » ? Découvrez dans cet autre article le film « Sage-homme », sorti le 15/03/2023 au cinéma.

Fiche technique :

Réalisation : Emmanuelle Nicot.

Scénario : Emmanuelle Nicot.

Format : long-métrage, 1h25.

Production : Tripodes Productions - Helicotronc.

Distribution : Diaphana.

Directrice de production : Marie Sonne-Jensen.

Première assistante Mise en scène : Camille Servignat.

Régisseuse générale : Hélène Weisgerber.

Chef opératrice : Caroline Guimbal.

Cheffe décoratrice : Catherine Cosme.

Ingénieur de son : Fabrice Osinski.

Monteuse : Suzana Pedro.

Musique : Frédéric Alvarez.

Tournage : 19 juillet au 24 septembre 2021, à Bruxelles et en Grand Est (15 jours).

Comédiens : Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassi, Marie Denarnaud,

Jean-Louis Coulloc'h, Maïa Sandoz, Sandrine Blancke, Charlie Drach et  Roman Coustère-Hachez.

Consultez ici la fiche technique du film.